Jean-Michel Henry

Histoires de couple…couple à histoires

Par Jean-Michel Henry

Qui connaît les véritables motifs qui ont orienté notre choix de partenaire ?
« En effet, l’union est souvent l’expression de besoins insatisfaits ou de la nécessité impérieuse de reproduire de vieux modèles psychologiques. Le couple se construit d’abord à partir de l’héritage du passé avant de se fonder sur la vie quotidienne » (Willy Pasini : in « A quoi sert le couple ? » Edition O. Jacob ).

Notre inconscient, ne connaissant pas le temps (hier, aujourd’hui, demain n’existent pas!), nous ramène sur les lieux et les images de notre enfance. Il attribue à la relation de couple une « mission impossible » : celle de guérir les dynamiques archaïques non résolues. Ainsi l’Amour sera-t-il vécu comme fusion, ou comme nourriture réciproque, ou encore comme possession réciproque, ou bien comme devoir.

La mythologie grecque nous donne l’exemple d’un couple célèbre pour ses conflits perpétuels  (tous les Dieux de l’Olympe vous l’auraient dit) : Zeus était un tyran et Héra, son épouse, une véritable enquiquineuse ! Ces deux-là prenaient plaisir à satisfaire leur goût du pouvoir en multipliant intrigues, infidélités, scènes de ménage, dont le seul but était que l’autre n’ait pas gain de cause ! Ils ne pouvaient plus se supporter mais continuaient de cohabiter car à leurs yeux, haine et amour avaient le même sens. Contrôle, possession, pouvoir, étaient au centre de leur couple.
Ah ! S’ils avaient connu Freud !… ils auraient vite compris qu’ils étaient comme ce petit enfant de deux ans qui prend grand plaisir à contrôler ses sphincters et par là-même, son entourage !
Et que dire encore de Narcisse et Echo, de Psyché et Eros, de Pygmalion et Aphrodite !
Ces mythes anciens illustrent les « contrats psychologiques » du couple, générateurs de conflits parfois douloureux…

Aujourd’hui, construire un couple est une aventure : les finalités économiques (soutien de famille), familiales (procréation), sont remplacées par des finalités affectives (soutien réciproque et recherche du bonheur). Ces nouvelles données appellent à plus de dialogue et de négociation dans le couple : comme  définir les valeurs et les intérêts communs, qui serviront de guide au couple, ou encore, comment faire alterner espaces d’autonomie et moments de partage ?

L’enjeu pour le couple sera donc de réaliser le  parcours qui mène d’un « mariage inconscient » (H. Hendrix in « le défi du couple »), régi par les besoins insatisfaits et les souffrances inconscientes de l’enfance, à une union « saine » ou « mariage conscient ».
Ce dernier permet l’individuation de chacun dans une véritable relation d’intimité. La première étape de ce parcours est le passage de la relation amoureuse à l’amour : en dépassant la phase de l’idéalisation, il s’agit bien alors de choisir l’autre une seconde fois, pour ses défauts autant que pour ses qualités.

La Lettre de l’École n° 4, EAT-Lyon, Déc 2001